QUAND LE CHEVAL RÉÉQUILIBRE LA RELATION
- Francis Stuck
- il y a 16 minutes
- 3 min de lecture
Par cette réflexion, je vous propose une autre lecture des difficultés en équitation.
Dans le monde du cheval, les mots sont bien connus :
Résistance, problème de comportement, cheval compliqué, manque de respect.
Ils traduisent tous, à leur manière, une même inquiétude : quelque chose ne fonctionne plus dans la relation.
Habituellement, les cavaliers apportent une réponse technique : corriger, encadrer davantage, contraindre parfois.
Mais si cette approche passait à côté de l’essentiel ?
Dans toute relation entre les Êtres et les consciences, lorsqu’un déséquilibre persiste sans être reconnu, le système cherche naturellement à retrouver un équilibre. Ce mécanisme s’appelle la loi de compensation.
Elle ne présente aucun aspect moral ou punitif.
Elle ne sanctionne pas : elle régule.
Appliquée à la relation homme–cheval, cette loi offre une lecture radicalement différente :
Le cheval ne fait pas “mal”, il compense.
L’homme et le cheval ne fonctionnent pas sur le même plan de conscience.
L’humain dispose d’une conscience subjective avec :
Du langage,
De l’intention consciente,
De la réflexion,
De la capacité à anticiper.
Le cheval, lui, agit à partir d’une conscience objective avec :
Une perception immédiate,
Une analyse instantanée liée à ses expériences et à son instinct
D’une lecture fine des états émotionnels et corporels,
Le tout sans spéculation ni calcul.
Autrement dit, le cheval ne peut pas mentaliser une incohérence.
Il ne peut que la percevoir, la ressentir… et y répondre.
C’est pourquoi la responsabilité de l’équilibre relationnel repose, en grande partie, sur l’humain.
Ainsi, le cheval réagit comme un miroir de cohérence.
Il perçoit ce que l’humain ne voit pas toujours :
Une intention floue,
Une tension intérieure,
Une contradiction entre le geste et l’état émotionnel,
Une absence de présence réelle.
Lorsque l’humain agit de manière claire, posée et cohérente :
Le cheval comprend rapidement,
La coopération est fluide,
lLapprentissage est simple.
Lorsque l’humain présente des confusions ou des tensions, le cheval réagit non pour s’opposer, mais pour rééquilibrer.
Dans cette perspective, un comportement ne doit pas être considéré comme un acte gratuit :
Un refus peut signaler une demande illisible.
Une agitation peut traduire un stress humain non reconnu.
Une défense peut indiquer des limites mal posées.
Une apathie peut révéler un élan vital écrasé.
Le cheval n’est pas « désobéissant », il est cohérent avec la relation qu’on lui propose.
Dans une lecture classique :
Un cheval obéissant est perçu comme « bon »,
Un cheval résistant comme « mauvais ».
La loi de compensation invite à sortir de cette morale simpliste car le bien, ici, n’est pas l’obéissance. Il incarne la relation juste.
Le mal n’est pas une résistance. Il est la compensation d’une incohérence persistante.
Ce que l’on appelle “mal” est souvent le langage de l’équilibre quand la conscience ne parle plus.
La compensation est progressive. Le cheval signale d’abord subtilement. Si ces signaux sont ignorés, la réponse s’amplifie. La violence n’apparait jamais d’emblée car elle résulte d’un message non entendu.
Le cheval agit comme un régulateur. Il ne ment pas. Il ne triche pas. Il ne dissimule pas. Il n’est pas pervers-narcissique. Il agit là où l’humain raisonne mal. Il ramène la relation au corps, à l’instant, au réel.
Il en devient de fait un extraordinaire révélateur de cohérence, mais aussi un partenaire exigeant.
Le problème disparait lorsque l’humain :
Clarifie son intention,
Ajuste son état intérieur,
Cesse de vouloir corriger le cheval,
Accepte de se réajuster lui-même,
Alors, souvent :
Le comportement disparaît sans technique supplémentaire,
Le cheval s’apaise,
La relation retrouve de la simplicité.
Le cheval n’avait rien à « réparer », c’est la relation qui avait besoin d’être réalignée.
Cette approche ne rejette pas la technique. Elle la replace au service de la cohérence.
Elle invite à une équitation :
Plus consciente,
Plus responsable,
Plus humble,
Plus respectueuse du vivant.
N’oubliez jamais que le cheval devient difficile quand l’humain devient incohérent.
Il redevient simple quand l’humain devient juste.
Posons-nous la question de fond :
“ Et si l’avenir de l’équitation ne résidait pas dans toujours plus de contrôle coercitif, mais dans une présence plus claire, plus assumée, plus cohérente assortie d’un langage intelligent et cognitif ?
Francis STUCK
































Commentaires